Chef Cannelle en colonie de vacances

Vous êtes quelques uns à m’avoir demandé si je prévoyais servir de la bouffe de rue cet été. Ma réponse: ben non, la bouffe de rue, c’est tellement 2015. 😉

Cette année, j’ai plutôt décidé de consacrer la belle saison à une cause qui me tient beaucoup à cœur en répondant à l’appel de La Tablée des Chefs qui cherchait à combler un poste de spécialiste de cuisine à la Base de plein air Bon Départ, dans les Laurentides, non loin de St-Sauveur. Ici, on m’appelle Chef Cannelle.

L’une des principales initiatives de la Fondation Bon Départ de Canadian Tire, la base de plein air Bon Départ vise à offrir à quelques 500 jeunes de partout au Québec la possibilité de vivre un camp de vacances de rêve. Et ces jeunes ont tous quelque chose en commun: ils ont tous été référés par des centres de services sociaux et d’une manière ou d’une autre, leur famille ou la société les considère comme des cas « problèmes. »

Provenant de milieux tantôt défavorisés tantôt aisés, la majorité de ces jeunes ont vécu des situations d’abus, de négligence, d’abandon, de désengagement parental. Ils souffrent de troubles d’opposition, de TDAH, d’autisme. Certains composent aussi avec des handicaps physiques ou intellectuels plus ou moins sévères. Sur la base, nous ne sommes pas autorisés à les photographier, car certains d’entre eux font partie de programmes de protection…

Lors d’une formation qui a précédé le début des séjours, j’ai vraiment saisi la magnitude du défi que l’équipe de Bon Départ relève depuis des années lorsque nous avons simulé des battues dans les bois. Parce que c’est officiel: plusieurs jeunes fuguent à chaque séjour, incapables de composer avec le cadre et les autres.

La programmation offerte aux campeurs n’a absolument rien à envier à celle des meilleurs camps d’été du Québec: canot, tir à l’arc, hébertisme, expéditions, grands jeux… À cela s’ajoutent entre 3 et 4 ateliers culinaires offerts en collaboration avec la Tablée des Chefs (mon employeur) à l’ensemble des campeurs, entre 110 et 130 par séjour. (Je partage cette responsabilité avec une charmante nutritionniste dont le nom de camp est Clafoutis.)

Remettre des couteaux de chef de 10 pouces à des jeunes ayant des problèmes d’impulsivité et d’agressivité, c’est quand même un acte de foi.

Après un premier séjour derrière moi, je dois dire que je suis plus en confiance qu’au jour 1. En revanche, à la veille du début de la deuxième vague, plusieurs défis demeurent entiers. Par exemple: comment aider des jeunes souffrant de dyslexie à décoder une recette écrite? Comment convaincre un jeune ayant un trouble d’opposition de la respecter? Et comment s’assurer que celui avec le déficit d’attention la lise… et l’exécute au complet? Surtout, comment faire progresser équitablement 12 marmitons aux enjeux totalement différents dans le cadre d’un seul et même atelier??

De manière plus fondamentale, je m’interroge plus que jamais sur ce que j’aimerais leur transmettre pendant ces ateliers. Quel genre d’impact peut-on avoir en 3-4 rencontres? S’ils ne devaient retenir qu’une chose, qu’est-ce que j’aimerais que ce soit? L’importance d’un déjeuner complet, la différence entre une cuillère à mesurer et une tasse à mesurer, le buzz de faire partie d’une brigade, la tenue correcte d’un couteau, le potentiel révolutionnaire des œufs, la curiosité pour le domaine culinaire ou le goût du cari de Madras?

Demain, je me replonge dans une dizaine de jours d’ateliers intensifs, du matin ou soir. Tout ce que je sais, c’est que je vais faire de mon mieux pour leur offrir le meilleur de moi-même.

Je note les épisodes les plus cocasses, promis, et on s’en reparle à la fin de l’été! 😉

Ma cuisine mobile

Quatre stations pour quatre brigades de 3 cuisiniers… J’aménage cette cuisine mobile à même la cafétéria deux fois par jour, après le déjeuner et après le dîner.

 

Risotto sucre en cuiller

Voici l’activité qui a le plus « pogné » à date: un défi de risotto sucré à présenter dans 6 cuillères identiques. On voit ici les créations de 4 brigades d’un même groupe. Chouette, non? 🙂

 

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2 Responses to Chef Cannelle en colonie de vacances

  1. Julie 07/13/2016 at 11:15 #

    C’est vraiment une expérience qui me touche beaucoup! Bon courage et bon séjour!

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  1. 500 marmitons, 2500 tabliers, 19 750 premières rencontres… | Foodista en mission - 09/05/2016

    […] ateliers se déroulant à même la cafétéria, Clafoutis et moi avons monté/démonté nos cuisines temporaires 118 fois (après le déjeuner, avant le dîner, après le dîner, avant le souper), ce qui a […]

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