FoodCamp(ers) 2014

À moins de ne pas vous être connectés sur Internet, Instagram ou Facebook en fin de semaine, il est pratiquement impossible que vous n’ayez pas vu passer la 3e édition du FoodCamp dans votre fil d’actualités.

Des photographies pour se souvenir

 Ma voisine, la blogueuse Maude Bergeron de Cuisine Estudiantine,

s’affaire à capter l’événement afin de le relayer sur les réseaux sociaux!

Équipés de téléphones intelligents et de carnets de notes, ce sont 400 passionnés de nourriture, jeunes et moins jeunes, et de tous les parcours professionnels, qui se sont donné rendez-vous au Château Frontenac afin d’assister à une journée intense de démonstrations culinaires et de dégustations gourmandes. Au menu: des Chefs réputés tels que deux Stéphane (Roth et Modat), Ferrer, Marie-Chantal Lepage, Martin Juneau et Danny St-Pierre. Toute une brochette!

Pas d'âge pour être foodcampers

 Cette année, le FoodCamp s’est constitué en OBNL afin de pouvoir continuer d’offrir l’événement avec un soucis de transparence. L’équipe du FoodCamp, composée de « foodies », est dirigée par un foodie notoire de Québec: Francis Laplante, aussi connu sous le nom de son blogue Tranche de pain. C’est donc dire que l’impulsion d’éduquer la population en général à la haute cuisine sous cette forme ne sera pas venue de la part de l’industrie de la restauration, mais du côté des passionnés de cuisine.

J’ai pris part à l’événement samedi et décidé de faire connaissance avec autant de participants que possible dans l’idée d’écrire un article sur les « FoodCampers. » (Pour lire le compte-rendu chiffré et rigolo de Caroline la Snob, c’est par ici, et pour un résumé plus formel, je vous propose celui de Champagne et Brunelle, fort bien illustré.)

J’ai ainsi approché plus d’une vingtaine de participants de manière aléatoire en essayant de représenter toutes les catégories d’âge et la distribution des sexes que j’ai observées dans la foule. Rien de scientifique, mais quand même. Je me suis présentée, puis j’ai expliqué mon projet d’article sur eux. Je leur ai demandé s’ils étaient de Québec (oui à 100%), qu’est-ce qui les intéressait dans la programmation (tout à 80%, Patrice Demers à 20% et Danny St-Pierre à 10%), s’ils cuisinaient à la maison (70% oui, 30% non – quand même!-), s’ils avaient une affiliation professionnelle quelconque avec l’industrie de la restauration (non, sauf pour une serveuse) et s’il s’estimaient « foodies. »  À 80%, non.

Ça, ça m’a surprise! Moi qui aurais parié que la majorité d’entre eux allait affirmer une allégeance pour le mouvement, j’ai plutôt constaté un malaise, une résistance généralisée, pour une foule de raisons différentes. Tandis que certains estimaient ne pas être assez mordus de la table pour se mériter le titre de foodie, d’autres le trouvaient au contraire imbu d’un certain ridicule, l’associant aux mauvais photographes Instagram et aux cuisiniers à domiciles trop enthousiastes envers leurs créations souvent pathétiques. D’autres encore y percevaient une forme de snobisme déplacé, une façon pour le foodie d’élever son égo en étalant son supposé raffinement à la moindre occasion sociale.

Profiter du Foodcamp à deuxDes Foodcampers très branchés!

S’ils ont rejeté l’expression « foodie », les participants interviewés se sont quand même reconnus dans les appellations « gourmands », « passionnés de cuisine » et « épicurieux. » Leur style de cuisine: une nourriture familiale, pragmatique, fraîche, axée sur les produits et les saveurs. Une certaine simplicité, aussi. À la question « Est-ce que vous pensez repartir avec plusieurs techniques à essayer à la maison », l’écrasante majorité a avoué s’être sentie dépassée par les œufs à 64 degrés de Martin Juneau – à cuire dans un thermo-circulateur – et encore plus par la tempura de seiche réalisée au siphon par Stéphane Roth. Les recettes plus pragmatiques, en revanche, semblent avoir eu la cote chez les participants, qui se sont promis d’essayer la sauce hollandaise de Chef Juneau au mélangeur, sa recette de muffins anglais maison, et la semoule de chou-fleur et pleurotes de Chef Anne Desjardins.

IMG_8294Un participant profite ici d’une pause pour suivre l’actualité sur Twitter

Selon mon échantillon, l’opportunité de voir des chefs réputés au travail et de s’en rapprocher l’espace de quelques heures représentait la motivation principale à prendre part à l’événement, avec, en seconde place, la possibilité de pouvoir parler et tripper bouffe toute la journée sans embêter qui que ce soit! C’est d’ailleurs pourquoi ils ont souvent choisi de venir accompagnés: d’un parent, d’un ami, d’un collègue, d’une amoureuse, préférant initier le dialogue avec un proche plutôt qu’avec le voisin de chaise dans la grande salle de conférence. À ce niveau-là, il était clair que chacun se gardait une petite gêne. Enfin, plusieurs ont dit avoir voulu se laisser gâter et ouvrir leurs horizons culinaires, un contexte parfait pour ça, il faut bien le dire.

Déguster

On déguste ici la bouchée de Martin Juneau, une pâte à brioche farcie de pintade et nappée de hollandaise

Au total, c’est une équipe d’une centaine de bénévoles et exposants qui aura permis aux FoodCampers de profiter de la troisième édition de l’événement. Ce dernier tour de piste aura démontré, hors de tout doute, le dynamisme exceptionnel de la scène culinaire de Québec.

Grâce à mon sondage Gras Marketing (la pognez-vous?), je me permets aussi de tirer les trois conclusions (controversées) suivantes (ne me tirez pas le premier poêlon, de grâce!):

1- Montréal et les régions, où étiez-vous? Un événement de la qualité du FoodCamp justifie totalement un voyage Laval-Québec! Ne manquez pas votre chance l’année prochaine!!

2- Les Foodcampers sont timides. Ils brûlent d’échanger par rapport à leur passion culinaire, mais le format de l’événement, très magistral, ne permet pas d’exploiter pleinement cette aspiration, en particulier pour la génération dont le iPhone n’est pas l’extension naturelle de la main. Une opportunité de développement à saisir?

3- L’intérêt pour la bonne nourriture dépasse largement le phénomène des « foodies » qui obnubile médias et restaurateurs. À plus forte raison, en cherchant à s’adresser à des « foodies » ou en passant par des « foodies » pour communiquer leur message, les agences de relations publiques s’aliènent sans doute parfois leur marché cible, sans doute plus proche du Foodcamper type.

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6 Responses to FoodCamp(ers) 2014

  1. Gérald Gobeil 04/14/2014 at 11:59 #

    Très bonne idée que ce reportage sur le vif. Ayant été avec les exposants toute la journée (mon affectation comme bénévole), je peux ajouter que ces derniers étaient ravis du contact avec le public intéressé. Perso, je souhaite que l’évènement soit répété tout en gardant sa taille (si on peut dire …) actuelle. A l’an prochain 🙂

    • Foodista 04/14/2014 at 1:13 #

      Bonjour Gérald,

      Ça m’a fait très plaisir de vous croiser au FoodCamp, tout en bienveillance. Les exposants étaient entre de très bonnes mains, c’est certain. En effet, ils m’ont aussi confié aimé le type d’échanges qu’ils avaient eu avec les participants.

      À la prochaine!

  2. Marie 04/14/2014 at 12:35 #

    J’adore ton sondage improvisé, très intéressant! Il y a plusieurs années que j’ai constaté que l’expression « foodie » était stigmatisée dans le monde culinaire anglophone, pour les raisons que tu as énoncées. Pour ma part, je n’ai jamais compris ce rejet, dû à la mauvaise réputation de certains, et j’aimais bien que le néologisme trouve encore sa place au Québec. Je constate que c’est en train de changer, malheureusement! Un foodie, c’est quelqu’un qui aime manger, avec ou sans caméra, téléphone intelligent, médias sociaux et blogue. C’est un gourmand quoi! Et au FoodCamp, des gourmands, il y en avait 400. Moi je vote pour qu’on cesse de jouer avec les mots et qu’on laisse la cuisine nous rassembler, puisque c’est ce qu’elle fait le mieux!

    P.S. Samedi, je me suis posé la même question que dans ton point de discussion #1: mais où sont les gourmands/foodies/blogueurs/journalistes culinaires de Montréal? Je ne peux pas croire qu’ils manquent un événement de ce type alors qu’il n’existe aucun équivalent à MTL. Tant pis pour eux, ça fait plus de place pour nous!

    • Foodista 04/14/2014 at 1:15 #

      Merci pour ton beau et généreux commentaire, Marie! Je pense écrire un autre billet sur la nature élusive du foodie, et surtout, sur la nécessité d’arrêter de faire passer toutes les discussions gourmandes par ce terme chapeau qui englobe une large diversité d’intérêts et de pratiques… Dès que je trouve le temps!

      Au plaisir de te recroiser ainsi que bébé Jules! 😉

  3. Anne-Marie Laroche 04/14/2014 at 12:51 #

    Bravo pour le concept tel qu’il est. Ce fut une journée de pur bonheur ! Mes 4 voisins immédiats dans la salle sont venus de Trois-Rivières expressément pour l’événement. Peut-être votre échantillon est-il trop petit pour que les conclusions soient valables ?

    • Foodista 04/14/2014 at 1:19 #

      En effet, Madame Laroche, mon article n’est nullement scientifique et un échantillonnage plus large aurait permis de dégager d’autres tendances!

      Cependant, tout comme Marie Asselin de Food Nouveau, j’ai noté la grande rareté des blogueurs et médias montréalais dans la salle de presse, et mon cri du coeur en faveur d’une participation pan-québécoise au FoodCamp leur était adressé au moins en partie!

      Au plaisir de vous relire sur Foodista en mission!

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