Gastronomix en Montérégie: veni vidi vici

Moi qui suis normalement l’une des premières blogueuses à publier des billets à la suite de ma participation à des événements culinaires, c’est avec un ravissement mélangé de surprise que j’ai réalisé que j’avais été devancée pour Gastronomix en Montérégie. La blogueuse de Lévis/Québec Hungry Rachel et la blogueuse de Montérégie Gourmande Gab ont en effet publié récemment de très jolis comptes-rendus, fort complets et fidèles à l’expérience offerte. Cette expérience rustico-gastronomique, mon équipe et moi l’avons préparée dans le plus grand des secrets pendant des mois avec la complicité de La Montérégie, le Garde-Manger du Québec en finissant par faire comme s’il était presque normal de parler de menhirs, de problèmes de cuisson de céramique en forme de sanglier et de finition de sesterces… Me faire raconter mon propre événement m’a permis de connecter pleinement avec la douce folie de notre aventure!

Par défaut, une bulle pour 25 convives, c’est déjà intense. L’idée d’exécuter un repas gastronomique complet pour la première fois et de le servir sans filet aux convives flirte déjà avec le danger. Lorsqu’on ajoute par-dessus ça une forte dimension événementielle, des contraintes météorologiques, des centaines des kilomètres de distance avec la maison, qu’on double le nombre de soirées et qu’on triple pratiquement le nombre de convives, on obtient le resto-bulle #3 en Montérégie. Massif. « Épix », même, comme nous nous sommes amusés à le dire sur les réseaux sociaux cette semaine.

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Les blogueuses et gourmandes Rachel Robitaille et Marianne Roberge s’étaient habillées avec soin pour l’occasion, petit panier en osier pour cueillir les champignons en prime! Crédit photo: inconnu

Deux éléments m’ont portée au travers de cette aventure, à commencer par mon équipe en or, composée d’irréductibles comme il ne s’en fait plus, tant et si bien qu’un projet que j’appelais « ma bulle » il y a quelques mois encore est devenu « notre bulle ». Le deuxième a été la conviction, à chaque moment, de la qualité du concept développé sur mesure pour la grange ancestrale de la Ferme Guyon. De tous les lieux en Montérégie, on m’avait confié celui-là, et j’ai entretenu à chaque moment la certitude qu’aucun autre thème que Gastronomix ne permettrait d’explorer ce lieu de traditions québécoises de manière à la fois plus respectueuse, créative et intrigante.

Pour générer une bulle qui soit sa propre chose et non une simple reconstitution d’un film ou d’un album d’Astérix et Obélix, je me suis engagée dans un processus de recherche et de développement très méticuleux. Mon objectif : permettre aux participants de faire l’expérience d’une soirée dans un véritable village gaulois, tout en démontrant la qualité et la versatilité des produits du terroir de la Montérégie qui sont tout sauf ennuyants!

Pour parvenir à mes fins, j’ai relu tous les albums et relevé les multiples allusions culinaires, au point de découvrir que les auteurs eux-mêmes considéraient la nourriture comme un thème central dans les aventures de leurs sympathiques héros. Ma première préoccupation a été de trouver le juste équilibre entre l’évocation des éléments forts de cette histoire qui fait partie des lieux communs pour une majorité de Français et de Québécois, tout en évitant de tomber dans les clichés. Je me suis donc replongée dans mes souvenirs d’enfance, connectant avec les éléments de l’histoire qui avaient stimulé mon imaginaire de petite fille : les sangliers – bien entendu -, le barde ligoté, la potion magique, Idéfix, les menhirs, les sesterces, les moustaches aux formes exagérées, et les pirates. On a finalement laissé tomber les pirates et le sabotage de bateau en cours de route, grand bien nous en fasse!

Très tôt, le Maître d’hôtel Maxime Renaud et moi avons opté pour une disposition des tables en style banquet, à l’image de ce qu’on retrouve à la fin de nombreux albums. Cette décision très organique a pavé la voie pour ce qui allait suivre. Comme on allait asseoir les participants à côté d’étrangers pendant tout un repas, nous avions un devoir moral d’agir à titre de facilitateurs, d’intermédiaires, pour favoriser les rapprochements et la connivence entre les participants devenus villageois et les faire glisser avec tact et délicatesse dans un univers ludique.

Grange des irréductibles Gaulois

Comme dans les bandes dessinées, notre seul soucis lors de la première soirée a été que le ciel ne nous tombe sur la tête! Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

Notre premier fer de lance a donné son nom à l’événement : Gastronomix, un personnage de création qui a été interprété avec grand talent par mon amoureux Patrice St-Louis. Très tôt, il était clair dans nos esprits que notre Gastronomix, le gastronome gaulois, devait servir d’hôte, de vulgarisateur, de preneur de risques, pour inviter les participants à la confiance et à l’abandon des normes habituelles. Peu importe comment on regarde ça, ça prend du guts en titi pour se pointer en « chest » vêtu de braies oranges, d’un casque à cornes géant et de souliers surdimensionnés au milieu d’une foule qui ne sait rien ou presque des surprises prévues pour leur bon plaisir.

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Crédit photo: Hungry Rachel http://rachelrobitaille.wordpress.com/

Après cette rencontre initiale, nous avons voulu un programme qui allait démarrer fort et Maxime a concocté une potion magique très punchée, à base de tequila, de red bull, de sirop de bleuet acidulé Au fil du vent et de basilic, laquelle devait être présentée par Panoramix avec une première trilogie de bouchées. On espérait que, alcool aidant, nos participants allaient se sentir un peu plus braves, et on voulait les rassurer d’entrée de jeu sur le fait qu’ils allaient être gâtés sur le plan gastronomique.

Panoramix et sa potion magique

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

 

La perle et le vinaigre

Image saisissante que cette huître de concombre trempée dans une mixture de dukkah égyptien, de champignon « foin » et de perles de vinaigre de cidre à l’agar-agar de la Vinaigrerie Gingras!               Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

Ce premier tableau nous a aussi permis d’établir certaines règles de notre univers, où les Romains avaient été vaincus par les Gaulois et étaient désormais tenus en esclavage.

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Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

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Les serveurs romains n’ont épargné aucun effort pour rendre l’expérience des participants plus agréable, incluant un bain de doigts entre les jeux extérieurs et les services dans la grange! Crédit photo: Hungry Rachel http://rachelrobitaille.wordpress.com/

Après ce coup d’envoi délicieusement festif, une série de « jeux » visant à faire disparaître de la bulle les frontières qui nous accompagnent normalement dans notre vie citadine a été proposée aux participants.

Ainsi, deux sempiternels antagonistes, le Forgeron et le Poissonnier, ont commencé à chauffer la petite foule, qui s’est laissée entraîner dans une série de deux jeux créés en collaboration avec Patrice, et j’ai nommé: le jeu du bouclier ainsi que le jeu des poissons.

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Quelle bande de joyeux lurons que ces improvisateurs de la SOIPHE! Crédit photo: Gourmande Gab http://gourmandegab.wordpress.com/

Dans le premier cas, nous avons divisé les participants en deux équipes et nous leur avons octroyé 5 minutes pour faire tenir le plus grand nombre possible de personnes sur un tapis d’une trentaine de pouces et ressemblant à des boucliers, comme celui sur lequel le Chef du Village insiste pour se déplacer. Vous serez sans doute épatés – comme je l’ai été – de savoir que l’équipe gagnante de chaque soir a réussi à faire tenir pas moins de 13 convives sur cette surface étriquée. On voulait du rapprochement, on l’a eu, oui mes amis!

Jeu du bouclier 2 équipes

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

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Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

Le jeu des poissons, pour sa part, s’inspirait vaguement des règles du basketball, sauf qu’à la place d’un ballon, les participants devaient se passer des poissons coussins géants en vue d’atteindre une zone de buts protégée par des défenseurs. Inutile de le dire, joyeux chaos, tricheries espiègles et poissons volants ont accroché un sourire irrépressible sur la grande majorité des visages!

Jeu des poissons 2

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

Déjà, de petits groupes d’étrangers s’étaient formés et les conversations traversaient les frontières normalement étanches des relation préétablies. Mission accomplie : nous avons retourné nos convives dans la grange pour le service à proprement parler… Mais c’était sans compter sur la performance impromptue d’Assurancetourix, qui s’est vite vu neutralisé!

Assurancetourix

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

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Notre assistant Maître d’hôtel, Francis Fayard, s’est prêté au jeu d’incarner le rôle un peu ingrat d’Assurancetourix, un clin d’œil incontournable aux albums! Crédit photo: Hungry Rachel http://rachelrobitaille.wordpress.com/

La première entrée froide, baptisée « Il est pas frais ton poisson », jouait à même les images fortes de poissons géants du jeu précédent. J’ai développé cette assiette avec l’intention de confronter les convives à une expérience culinaire de désorientation, superposant un filet de maquereau fumé avec une nage d’un vert profond, une salade d’algues de romaine, une écume marine et des textures rocheuses et huileuses évoquant un portrait marin des plus glauques. L’accord avec le vin blanc du Domaine de Lavoie a rehaussé la fraîcheur et l’aplomb des saveurs.

Filet de maquereau fumé

Filet de maquereau fumé, nage verte, algues de romaine, écume, pois au wasabi, sel d’Hawaii et yeux d’huile d’olive, un défi pour le sens! Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

Service du Domaine de Lavoie

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

J’ai baptisé le service suivant, « Un coup de bâton »,en hommage à Astérix et Obélix chez les Helvètes. Si vous avez lu, tout comme moi, cette aventure, les images loufoques de personnages pris dans les filets de fromage doivent encore vous habiter. Pour parvenir à livrer cette expérience, j’ai marié deux somptueux fromages du fromager artisanal Au Gré des Champs à une bonne dose de mozzarella, de la À Table!, une bière de style cervoise de la compagnie Brasseurs du Monde et à un pain de style «gaulois » développé sur mesure par le boulanger artisan de grand talent Thierry Goupil au Garde-Manger de François. Avis aux intéressés, cette recette sera rendue disponible bientôt sur mon blogue de recettes 180 degrés!

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Fromage qui file en embaumant la salle… Un moment de pure magie! Crédit photo: Gourmande Gab http://gourmandegab.wordpress.com/

Mais comme une fondue au fromage, aussi bonne soit-elle, n’est pas gastronomique de manière inhérente, j’ai fait évoluer le concept en l’assortissant d’une salade tiède inspirée de la thématique « Au gré des champs » et dont les éléments étaient destinés à être trempés dans le fromage : radis grillé au pesto de roquette, noisette et Frère chasseur, pruneau fumé au jambon cru, champignon farci au champignon et à la pomme, fleurs comestibles et vinaigrette à la noisette et à l’artichaut de la Fille du Roy.

Le coup de bâton - Salade tiède

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

Au milieu de cette joyeuse bombance : une mutinerie! Les esclaves ayant murmuré aux clients qu’on ne les nourrissait pas, certains ont pris l’initiative de leur distribuer des morceaux de pain sous les tables.

La bière À Table! coulait toujours à flots lorsque le cor de chasse sonné par Maxime Renaud a annoncé l’arrivée du banquet gaulois, un cortège d’une douzaine de porteurs amenant vers la salle un brancard sur lequel était dressé un sanglier en céramique, une pièce unique de la céramiste Véronique Martel imitant dans les moindres détails les images des livres et contenant un mijoté de sanglier de La Ferme Renaissance. À sa suite, des plaques de cailles royales désossées et farcies au braisé de chou, lardons et poires, et des os faits de pâtés à la moelle de champignons et de pomme de terre sucrée confite, le tout sur une purée de panais à l’ail grillé et au poivre long, le poivre de l’antiquité romaine.

Sanglier gaulois

Crédit photo: Gourmande Gab http://gourmandegab.wordpress.com/

Le Banquet Gaulois

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

La décision de ne pas servir un sanglier entier semble avoir surpris quelques convives, mais il faut voir que nous n’allions pas partir un feu à ciel ouvert sur le site de la Ferme Guyon, et que dans tous les cas, l’apparence d’un sanglier sur la broche ressemble plus à une grosse motte brunâtre qu’aux appétissantes bêtes dorées et dodues des albums. Qui plus est, le fait de servir le sanglier en mijoté nous a aussi permis de combattre sa tendance naturellement sèche avec une sauce corsée au vin rouge et aux champignons sauvages du Québec.

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Notre sanglier a été élevé à la Ferme Renaissance dans les Cantons de l’Est. Pour avoir personnellement visité les installations de cette entreprise en démarrage, j’ai été vraiment impressionnée par les conditions de vie respectueuses des besoins des animaux.

Suite au plat principal, les participants ont pu se détendre avec deux services sucrés entremêlés de jeux, dont un bras de fer homme contre homme et femme contre femme qui aura démontré hors de tout doute que nos Québécoises ont du sang gaulois.

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Trop forte pour la ligue, Rachelle Robitaille! Crédit photo: Lyne Pedneault http://missioncuisineurbaine.com/

À ce divertissement exaltant s’est rajouté un spectacle de Maryka Henry et de son chien savant Astro, incarnant le tout mignon Idéfix, une maquette géante imitant un camp retranché romain et servant à présenter de manière conceptuelle le dessert « Babaorum » – des babas trempés au cidre de feu du Domaine LaBranche, pipette de rhum Eldorado, crème de chocolat blanc et yogourt buffalo et Chantilly au miel – à nos invités, ainsi que des truffes-menhir à la ganache de marrons, chocolat et Armagnac proposée en accord avec un lot d’Ale de Hardy, une bière de style porto vieillie pendant 1 an grâce aux bons soins des Brasseurs du Monde. Ouf. J’ai mal aux doigts!

Maryka et son Superdog Astro

Fabrice Gaëtan, photographe https://www.facebook.com/Fabrice.Gaetan.Photographe www.fabricegaetan.com info@fabricegaetan.com

Pour immortaliser cette soirée fantasmagorique, nos participants ont reçu un menu orné d’un pendentif en forme de menhirs, que j’ai moi-même façonnés quelques jours avant l’événement.

À la manière dont mon équipe a été applaudie, – et fatigue aidant – j’ai dû retenir de toutes mes forces des larmes de bonheur. Notre pari d’une bulle gauloise en Montérégie avait été relevé avec brio. César l’aurait certainement dit ainsi: « Veni, vedi, vici! » Grâce à la collaboration dévouée de l’équipe de service de l’Agence Divine et Diamond, à l’accueil généreux de la Ferme Guyon et surtout, l’invitation courageuse de Garde-Manger du Québec en Montérégie, le resto-bulle n’a pas seulement pris son envol, il a consacré l’excellence créative, culinaire, technique et logistique de notre formule.

Une formule qui n’aurait pas pu être, cependant, sans le travail exceptionnel déployé par toute l’équipe afin de concrétiser cette vision. Mes remerciements admiratifs vont tout d’abord à mon collaborateur en cuisine Jean-François Duval, qui a désossé 80 cailles par le dos sans prendre une pause, après un réveil à 5 am pour faire la route vers Chambly et au milieu des imprévus découlant de la nature événementielle de toute la chose. Les convives lui doivent en grande partie l’excellence culinaire atteinte dans des circonstances extrêmes.

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Mes remerciements affectueux s’étendent à ma coordonnatrice extraordinaire, Isabelle Martin, qui a elle-même taillé, creusé, sablé et huilé des rondins à même une bûche de bouleau jaune sous la supervision bienveillante de son Marcus à elle, et façonné des centaines de sesterces dans la pâte de sel. Impossible de passer sous silence la bienveillante générosité de ma chère amie Julie qui a cousu à la main les costumes de l’équipe de service et s’est inventé des talents de styliste capillaire pour nos personnages bédéesques… Et ça, c’était avant de passer trois jours entiers dans la plonge, et ça, par amitié. Petite perle dans le vinaigre, vas!

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Crédit photo: Hungry Rachel http://rachelrobitaille.wordpress.com/

Mes remerciements amoureux sont évidemment dirigés vers Patrice, mon Gastronomix, qui aura fait tout ce dont personne d’autre ne voulait, d’un camp romain en bâtons de popsicles – un projet d’art plastique de 15 heures quand même, à la plonge, en passant par le ramassage de ballots de foin chez un agriculteur de la région.

Merci, belle Montérégie, de nous avoir laissé goûter à tes fruits. Nous te souhaitons un été faste et beaucoup de visiteurs gourmands et curieux de par le Québec! Nous avons hâte de te revoir!

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  1. Les douze travaux d’Héloïse: Gastronomix en Montérégie | Mission Cuisine Urbaine - 05/28/2014

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