Geneviève Everell et la recette du bonheur

Le 31 mars dernier, Geneviève Everell était de passage à Québec au restaurant Table pour le lancement de sa biographie: Il était une fois… Miss Sushi. J’avais convenu avec sa relationniste de réaliser une brève entrevue sur place pour mon nouveau foodcast culinaire L’Avocat du diable. Ais-je besoin de le mentionner, j’étais pas mal extatique!

Notre plan de match n’a pas exactement fonctionné: l’entrevue a eu lieu mais sur fond de début de 5 à 7 animé. C’était la première fois que j’étrennais mon micro à l’extérieur des conditions « studio » créées dans mon bureau… Bref, en dépit de mes meilleurs efforts et des logiciels de nettoyage sonores les plus gratuitement performants sur le marché, je n’ai pas réussi à obtenir un enregistrement d’une qualité potable pour l’écoute.

Devant cette situation, j’ai décidé de partager cette entrevue sous forme d’une transcription. Si vous ne connaissez pas déjà Geneviève, cela vous donnera peut-être le goût de mettre la main sur son livre, une célébration de la résilience, des passions, des petits pas et de la conquête de l’indépendance qui renforce l’amour propre. Et si vous l’admirez depuis longtemps, tout comme moi, peut-être apprendrez-vous une chose ou deux qui sauront vous inspirer.

Pour ma part, je retire quelque chose de précieux de ma brève rencontre avec elle, cette idée qu’un passé difficile n’a pas à être « javelisé » pour créer une image de marque « propre », et ce, sans tomber dans la victimisation. Le secret? Garder les yeux sur la lumière. On n’a jamais trop de modèles qui suivent une pulsion de vie et tracent le chemin vers la saine réalisation de soi.

Une lecture enrichissante, portée par la plume vivante d’une biographe déterminée à préserver l’authenticité de la voix de Geneviève Everell…

L’entrevue va comme suit:

HL : Bonjour Geneviève!

GE : Allo!

HL : Je suis super contente de te rencontrer en personne. C’est tellement un gros honneur.

GE : Ben là, merci! Enchantée aussi!

HL : Tu es vraiment très connue, mais au cas où mes auditeurs ne seraient pas familiers avec ton parcours, je t’inviterais à raconter ton enfance en une phrase, à la résumer.

GE : Humm… Je dirais non traditionnelle, mais remplie d’amour.

HL : Non-traditionnelle comment?

GE : Non-traditionnelle parce que je viens d’un milieu atypique, d’un milieu défavorisé, où il y avait de la consommation de drogue, d’alcool, qui avait quand même beaucoup de respect et d’amour.

HL : Donc un peu des deux? Cela explique peut-être la belle femme que tu es devenue aujourd’hui?

GE : Je pense que oui.

HL : Et comment est-ce que tu résumerais ta situation professionnelle, personnelle, aujourd’hui, en 2017.

GE : Épanouie, remplie de passion, et à soif de nouveaux projets et ouvertes à plein de propositions.

HL : Dans ta carrière présentement, tu portes plein de chapeaux : tu es chef, tu es entrepreneure, tu es communicatrice. Pour toi, s’il s’agissait d’une tarte, comment ça fonctionnerait tout ces rôle-là?

GE : Ils ont à peu près tous la même place. Il y a le rôle de maman, qui te dirais, prend un peu plus de place dans ma belle tarte, mais sommes toutes, pour ce qui est de tous les projets que j’entreprends, j’essaie de tous leur donner une part égale.

HL : Pour le lancement de ton livre aujourd’hui, Il était une fois Miss Sushi… « Il était une fois », ça fait un peu référence à l’imaginaire du conte de fées, à quelle princesse en particulier tu t’identifies le plus?

GE : Je m’identifierais à Cendrillon.

HL : À Cendrillon?

GE : Oui, je m’identifierais à Cendrillon… Parce que j’ai la même arche de pied qu’elle, mais vraiment plus par le fait que je viens d’un milieu non-traditionnel. Comme elle, son père l’aimait beaucoup, mais il l’a un peu abandonnée. Moi, ça a été un peu différent, mais quand même. Et plus tard, j’ai construit ma vie, j’ai fait mon chemin et j’ai rencontré mon prince charmant.

HL : Aujourd’hui, je remarque que tu utilises le vocable « non-traditionnel », donc tu y vas avec un mot qui est un peu plus prudent. Tu as eu une enfance rough en tabarnouche…

GE : Ouais, j’ai eu une enfance rough.

HL : Par rapport à la moyenne, à la grande majorité des gens… Ce n’était pas facile.

GE : C’est vrai, tu as raison.

HL : La question que j’ai le goût de te poser par rapport à ça, c’est à quel stade dans ta carrière tu as pris la décision d’en parler au lieu de garder ça secret. Te souviens-tu à quel moment tu as fait un « coming out » d’enfance difficile? Quand c’est arrivé pour la première fois?

GE : En fait, je te dirais que mon histoire et mon enfance difficile ont toujours fait partie de moi, finalement. Du moment que j’ai pu commencer à en parler et me rendre compte que ça aidait les autres, que ça les aidait à se construire, à trouver, – peut-être – une voie autre que le milieu dans lequel ils sont, je me suis tout de suite dit que j’allais toujours parler de mon histoire. Maintenant, c’est médiatisé. Mais avant, c’était dans de petites conférences par-ci, par là. À force de faire des conférences justement, je me suis rendue compte que ça rejoignait beaucoup de gens, autant ceux qui ont un milieu difficile que ceux qui viennent de milieux plus nantis. C’est pour cela qu’on a décidé d’écrire « Il était une fois. »

HL : Tu racontes ton histoire au travers des pages avec la participation d’une biographe…

GE Oui, de Patricia (Juste) qui a une si belle plume.

HL : Dans une entrevue que tu as réalisée avec Radio-Canada, tu as dit que le fait d’avoir placé du riz chaud sur une algue sushi avait sauvé ta vie. C’est un super statement, super branding, mais ce n’est pas littéralement le riz qui t’a sauvé la vie? C’est ce que tu en as fait!

GE : Oui, c’est vrai… Ça m’a sauvé la vie dans le sens où du moment où j’ai fait un sushi, j’ai découvert une passion. Je pense que c’est les passions qui peuvent nous sauver la vie. À partir de ce moment-là, je me suis dit je vais me réaliser dans cette passion-là et c’est comme ça que j’ai décidé de faire mon chemin là-dedans.

HL : Il y a beaucoup de gens qui se retrouvent en cuisine qui ont eu des enfances rough, de tous ces gens-là, il y en a beaucoup qui sont passionnés par la cuisine, mais il n’y en a pas tant que ça qui réussissent à vivre une vraie épiphanie comme la tienne. Tes réalisations sont spectaculaires! Donc ce n’est pas nécessairement la passion en tant que telle qui fait qu’on réussit. Il y a un ingrédient magique, je veux savoir lequel!!

GE : C’est une bonne question. C’est la détermination et faire plein de choses. Oui, moi, je réussis bien en cuisine, mais j’aime aussi les communications, j’aime les gens, j’aime être une entrepreneure. C’est de mettre plein d’ingrédients dans sa recette qui fait qu’à un moment donné, tu te ramasses avec plein de bon goût.

HL : Tu es un success story incroyable… Dans le domaine culinaire, un des plus grand success stories au féminin… À chaque fois qu’on te voit, tu es belle, tu dis des choses intelligentes… Est-ce qu’il y a encore une part d’ombre en toi, qui tire les ficelles des fois, qui te retiennent encore un peu… Ou t’es-tu affranchie de ton passé?

GE : Ah non! Totalement affranchie de mon passé. Je n’ai aucune séquelle. Des fois, j’entends des histoires qui sont différentes de la mienne – parce que nous avons chacun notre histoire – et il y a souvent ça qui revient… « Ah ça, ça m’a marquée et aujourd’hui j’agis comme ça à cause de ça. » Ben non! Je m’en suis tirée avec des séquelles qu’on a tous, car personne n’est parfait, mais je n’ai rien de majeur. Peut-être le fait que je ne consomme aucun alcool, aucune drogue, que je n’aie rien essayé non plus, cette peur-là a fait ça. Ma hantise envers l’alcool.

HL : Alors, avis aux cuisiniers, peut-être que votre consommation est un obstacle dans votre réalisation, dans votre carrière.

GE : Peut-être. C’est un milieu où il y a quand même des gens qui ont le coude qui lève pas mal, mais pas moi.

HL : Une dernière question pour toi, pour conclure cette entrevue. Si jamais c’est offensant, tu me le dis. Ton histoire de success story à la Cendrillon, c’est une belle histoire que les gens aiment. Est-ce qu’on homme, mettons Ricardo, aurait pu bâtir un brand sur ce genre d’histoire-là ou est-ce que la réaction du public n’aurait pas été la même parce que ça aurait été un homme?

GE : Tu sais quoi? Ricardo n’a pas eu une enfance facile. Il l’a dit à certaines occasions, mais il ne l’utilise pas et je dis ça, et je me rends compte que certaines personnes peuvent penser que j’utilise cette histoire-là, mais non, pas du tout. Ce sont des choses qui se sont passées, qui sont arrivées, ça a créé la personne que je suis. Je sais qu’en racontant ce qui m’est arrivé, j’en aide d’autres, donc à partir de ce moment-là, moi, je suis à l’aise avec ça. Est-ce que ça aurait aidé un homme? Je pense que si Ricardo racontait les difficultés qu’il a vécues, peut-être que ce serait un plus, mais il faut dire que ça va déjà bien (pour lui.) J’aurais aussi pu ne pas en parler, et je suis certaine que je serais quand même assise avec toi aujourd’hui et ce serait probablement pour un livre de bouffe.

HL : Je te remercie d’avoir pris le temps de cette entrevue…

GE : Merci, t’es fine.

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