Made with love: tout un (cocktail) show

Vous avez peut-être vu passer des images de mixologues survoltés sur les réseaux sociaux ces derniers jours? Et pour cause: le Château Frontenac accueillait hier à Québec la finale régionale de la méga-compétition de mixologie Made with love. 21 équipes représentant un large spectre d’établissements de Québec et des environs (des bars, des bistros, des restaurants gastronomiques…) s’affrontaient dans cette vague de qualification en vue de briller au national.

Fondée en 2009, Made with love avait comme mission d’origine de « démocratiser » l’art du cocktail. 6 ans et 6 éditions plus tard (la 6ième étant en cours), on pourrait dire que le cocktail a gagné ses lettres de noblesse un peu partout au pays, capitale nationale incluse. Le Bistro L’Atelier en a fait son fer de lance, tout comme le Café-Bar Artéfact de l’Auberge Saint-Antoine, et c’est sans parler du SAM, bistro évolutif, un secret de moins en moins bien gardé pour les amateurs d’alcools mélangés au shaker ou à la cuillère…

Selon moi, c’est précisément dans ce contexte de plus en plus compétitif que Made with love prend tout son sens. Maintenant qu’il est acquis que le cocktail est une consommation digne d’intérêt, une compétition (aussi amicale que féroce) permet aux « barchefs » de la scène canadienne de se mesurer les uns aux autres en vue d’obtenir une reconnaissance, une consécration…

Comment ça marche?

La formule de Made with love est simple et efficace. Les participants (ils étaient 1500 à la finale de Québec cette année) déambulent de station en station afin de déguster les créations alcoolisées, en accord avec des bouchées gourmandes. À Québec, les billets étaient en vente au prix de 65$, un tarif vraiment très raisonnable pour cette expérience unique.

Après avoir dégusté autant de cocktails que le cœur leur en dit, les participants sont invités à voter pour leur station préférée, en vue de déterminer le prix du public. Des juges (représentants de l’industrie et des médias) font pareil. Ces derniers utilisent des grilles d’évaluation afin de sortir d’une perspective purement subjective (« j’aime » vs « j’aime pas ») et s’intéresser à des considérations comme l’équilibre, l’innovation, la présentation et la qualité du service.

Se démarquer, oui! Mais comment?

Pour les participants, simples amateurs de cocktails ou professionnels reconnus, le défi d’identifier un préféré est de taille. En effet, se présenter à 21 stations distinctes et déguster 21 « mélanges » en gardant le fil des saveurs découvertes n’est pas une mince affaire. Pour capter et retenir l’attention de la foule, les équipes en compétition ont rivalisé d’originalité et d’audace! Voici quelques-unes de ces idées:

– Le Bistro l’Atelier a transformé sa mixologie en alchimie en échafaudant une structure faite de tubes et d’entonnoirs, où les ingrédients étaient déversés avant de se retrouver « assemblés » dans un bassin de collecte.

Bistro l'Atelier et ses alambiques

Société Cuisine et Mixologie, un nouveau joueur tant pour la compétition que sur la scène de Québec, est arrivé avec une véritable armée de pirates et des perroquets vivants, transformant leur espace en petit îlot jamaïcain, arômes synthétiques de chanvre en prime dans le cocktail pour compléter l’expérience. (Par rapport aux perroquets, je dois dire que j’ai un petit malaise. C’était un environnement très bruyant pour des animaux, mais cela a vraiment fait son effet.)

Les perroquets de Société Cuisine et Mixologie

– SAM, pour sa part, a choisi d’exécuter un cocktail classique requérant 10 minutes d’agitation au shaker. Afin de mettre cette propriété en valeur, ils ont créé un concept de « paint shop » où leur cocktail était carrément secoué dans un contenant de peinture. (La bouchée d’accompagnement émulait pour sa part un mini-rouleau à tremper dans un coulis coloré…)

La station de brassage du SAM

– Le Ristorante Il Teatro a transformé sa brigade de mixologues en armée de squelettes mexicains dignes du plus beau Dia de los muertes.

Les squelettes mexicains du Ristorante Il Teatro

Les saveurs avant tout

Tandis qu’un bon nombre de stations faisaient preuve d’audace au niveau de la présentation, d’autres ont décidé de se concentrer d’abord et avant tout sur leur cocktail lui-même, avec un soucis manifeste de contribuer à l’avancement de la culture des cocktails par de nouveaux mariages de saveurs, de nouveaux ingrédients vedettes.

– Le Tourne-Broche n’a pas exactement réinventé la roue, mais a proposé un cocktail agréable et tendance, avec un mariage de Sky Vodka, de miel, de pulpe de cassis, de thé noir et de romarin, le tout, en harmonie avec la canapé de cretons au poulet bio.

Ateliers et saveurs a brusqué quelques papilles en proposant un cocktail à la Tequila sans « sucre » ajouté, c’est-à-dire, sucré naturellement à la betterave et à la pomme de terre douce confite. Refusant aussi un recours jugé trop facile aux agrumes, l’acidité de la création était assurée par un grub de basilic au vinaigre de vin rouge.

– Le Restaurant Légende par la Tanière y est allée d’un cocktail au Campari, argousier et soda maison au sapin-baumier avec l’une des meilleures bouchées de la soirée: un généreux morceau d’omble chevalier en barbe à papa, dont le goût sucré procuraient un véritable accord avec la consommation… Très El Bulli!

Le cocktail à l'argousier de Légende

– Le Chef Sébastien Laframboise, maintenant à la Goéliche, a causé surprise et émoi en proposant un concept autour du céleri: un cocktail à l’Amaretto Disaronno, céleri-rave et pollen de fenouil assorti d’une bouchée de thon albacore, agrémentée de céleri en cuisson sous-vide.

La bouchée de thon Albacore de Sébastien Laframboise

Au final

Le grand public, le jury professionnel et le jury média ont finalement parlé d’une seule voix – ou presque – pour souligner la domination inattendue de Sébastien Laframboise… Inattendue, car Sébastien n’était pas perçu comme un spécialiste de mixologie en se lançant dans la compétition. Son intervention aura affirmé que « le bon goût » est aussi l’apanage des Chefs quand il est question d’alcool!

Lors d’une conversation rapide avec des juges de Made with love (dont un qui prend part au circuit national) ces derniers m’ont confié qu’à leur avis, la finale régionale de Québec s’était montrée assez conservatrice sur le plan des saveurs et des techniques, incluant l’accord avec les bouchées, trop souvent un simple après coup. Barchefs, à vos shakers ET vos fourneaux, il reste encore beaucoup à explorer!

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