Rat de ville, rat des champs

(Cet article a été publié pour la première fois sur le blog 180 degrés le 26 juillet 2013.)

D’aucuns diraient sans doute qu’il n’est pas si avisé de parler de rats dans un blogue culinaire… Quoique

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette fable popularisée par La Fontaine, il s’agit d’un court texte qui décrit comment un rat de ville invite un rat de campagne à faire bombance en territoire civilisé. Pendant le repas, cependant, une menace subite surprend les deux bêtes et gâche leur festin. Le rat de campagne s’en retourne chez lui, bien décidé à profiter des plaisirs plus modestes du terroir… en toute quiétude.

C’est cette fable qui m’est venue en tête lorsque j’ai rendu une petite visite au Panache Mobile 2 la semaine dernière. Tandis que le dossier de la nourriture de rue fait rage à Québec, je m’étais promis de faire honneur à ce qui nous fait office de seul « food truck » officiel sur le territoire de la Vieille Capitale (le Panache Mobile 1 étant planté juste à l’extérieur, à l’Île d’Orléans.)

Loin d’avoir pignon sur rue – ou roues sur le bitume – le Panache Mobile 2 s’est plutôt établi le long du fleuve St-Laurent, dans le parc linéaire de la Promenade Samuel de Champlain. En le voyant là, avec son menu de fast food sophistiqué et son design plein-air très soigné, je me suis dit: « Ça y est. Le rat de ville est *enfin* allé visiter son cousin le rat des champs. »

Les cuisiniers qui opèrent le Panache Mobile 2 finalisent la préparation de mets

élaborés par la brigade du Panache lui-même. Une « job » d’été  avec la plus belle

vue à Québec, si on n’a pas peur de la chaleur torride qui s’installe dans le camion.

 

*Enfin*, oui! L’absence d’offre alimentaire dans ce secteur était un non sens absolu, si radicale qu’elle décourageait de s’y aventurer – en particulier à vélo – à moins d’être munis de rations alimentaires…

Ailleurs au Canada et dans le monde, pourtant, la présence d’une offre de restauration (souvent sous la forme de restaurants classiques, c’est-à-dire, avec une salle à manger et opérés par des promoteurs privés) va de pair avec l’aménagement des parcs urbains. À Vancouver, par exemple, la chaîne des restaurants The Boathouse a investi plusieurs des meilleures plages de la capitale afin de proposer au grand public une expérience de repas bistro-chic d’influence West Coast. Le Stanley Park compte quelques restaurants, incluant une enseigne gastronomique, et le Queen Elizabeth Park s’appuie aussi sur la notoriété de Seasons in the Park, un établissement qui a reçu son lot de chefs d’état et jet set international. Et que dire de l’heure du thé, au fabuleux jardin botanique Van Dusen?

L’établissement du Panache Mobile 2 à Québec représente plus qu’on pourrait le croire. C’est l’embryon d’un excitant développement de la scène alimentaire, où les frontières traditionnelles seront de plus en plus souvent franchies, déplacées, parodiée, déconstruites… désacralisées. Le terroir sera de plus en plus présent dans nos assiettes citadines de tous les jours – sous forme de paniers, aussi!-, et la nourriture fine se trouvera de plus en plus souvent dans les champs, à l’image du Festin dans le champ auquel je prenais part samedi dernier. Plus important encore, l’offre alimentaire se trouvera de plus en plus souvent là où les gens la réclament, que ce soit dans nos grands événements ou dans la rue.

Mais pour que cela se produise, il importe d’encourager l’innovation. Cet été, je vous enjoins à enfiler vos maillots de bain et à vous diriger vers le Cap Blanc, pour une journée baignade, marche et bouffe. Profitez-en pour dire un petit bonjour à la brigade qui opère le Panache Mobile 2.

 

 Le camion est situé à quelques pas d’une terrasse aménagée, de telle sorte

que les clients ont accès à l’équipe en cuisine. Si le service est tranquille,

les gars se feront d’ailleurs un plaisir de vous jaser ça! Ils ont  le projet à coeur!

 

Attendez-vous à payer un juste prix pour une belle nourriture (sandwich au porc effiloché BBQ, guedille de homard, frites à l’huile de truffes, tartelettes de fruits de saison) en vous rappelant que ce lieu n’a que vous pour faire ses frais… et la démonstration que Québec est prête à manger autrement, à manger librement.

 

 Assiette savoureuse, terrasse sympathique, vue parfaite…

What’s not to like, comme on dit si bien en anglais?

 Généreuses, les assiettes principales ne sont pas données, mais la qualité

de la nourriture justifie le prix.

 

À l’ombre des grands parasols, facile de se sentir dans un centre de villégiature.

Le rat de ville est bien heureux à la campagne… surtout lorsqu’il

emmène un peu du confort citadin avec lui!

 

Demain vous viendrez chez moi. « -C’est assez, dit le rustique ;

Ce n’est pas que je me pique 

De tous vos festins de roi ;


Mais rien ne vient m’interrompre :

Je mange tout à loisir.

Adieu donc. Fi du plaisir 

Que la crainte peut corrompre! »

La Fontaine

 

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One Response to Rat de ville, rat des champs

  1. bellegosse foufounette touffue 06/22/2014 at 1:55 #

    Encore un post véritablement instructif

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