Resto-bulle #2: une bulle d’amour

C’est fait. La deuxième bulle est terminée et quelle aventure abracadabrante ce fut. Après la première, je m’attendais à un chemin déjà tapé, mais les prémisses ayant tellement changé, je n’ai pas tardé à constater que c’était comme recommencer depuis le début… ou presque… en mieux! Plusieurs membres de l’équipe mobilisés lors de la première bulle ont décidé de se relancer dans l’aventure et certains ont même réclamé un rôle plus proéminent, comme mon sous-chef Jean-François Duval qui s’est élevé au rang de coconcepteur et Isabelle Martin, qui est devenue ma coordonnatrice, car oui, un resto-bulle, ça en demande beaucoup, de la coordination, à vous en donner le tournis!

Je pourrais vous parler des quatre mille (més)aventures entourant cette deuxième bulle que nous avons eu le plaisir de tenir au Morrin Centre le 15 février (comme une tempête la veille de l’événement, alors qu’on prenait la route avec un camion 10 pieds pour ramasser des verres de location et un arbre tropical qu’on allait utiliser pour un des services, j’y reviendrai), mais je ne le ferai pas. Aujourd’hui, je veux partager avec vous l’expérience du resto-bulle telle qu’elle a été vécue par les participants, en mots et en images, croquées sur le vif par la magicienne de la lentille Annie Simard.

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De cette deuxième bulle, vous n’avez presque rien entendu parler jusqu’à présent, à part de quelques grandes lignes, comme le lieu, le thème ou les objets à apporter pour la soirée (une photo de couple et un foulard). C’était, croyez-le, complètement voulu. Nos participants, dès le premier événement, nous ont dit apprécier toutes les surprises qu’on leur avait réservées et nous avons professé de les protéger pour eux. Et nous avons réussi!!

Dès leur inscription, les participants ont été plongés dans une expérience de tous les sens, incluant celui de l’humour. Tandis qu’ils attendaient patiemment l’heure de rentrer dans la salle à manger, dont la nature exacte était toujours tenue secrète, nous les avons invités à avaler une gélule de maca, un aphrodisiaque péruvien. Ouh lala!

Rouge, blanc, noir: voici le code de couleur communiqué aux participants

afin de guider leurs choix vestimentaires pour cette activité de St-Valentin pas comme les autres!

Rien, mais alors rien, ne pouvait les préparer à ce qui allait suivre. Après le discours d’ouverture du directeur du Morrin Centre, Monsieur Barry McCullough, les participants sont entrés dans la bibliothèque victorienne de l’établissement, tout droit sortie d’un film d’Harry Potter.

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Boiseries, livres anciens, lustre… et au milieu de la salle, Adam et Ève trônant au milieu de ce que j’ai baptisé une installation vivante comestible. Trois bouchées étaient disposées dans le jardin, dont une, la cerisette de foie gras, était carrément suspendue à un arbre. Les participants pouvaient, en tirant sur le bâtonnet, les cueillir et les déguster comme de petites sucettes. Le tout, accompagné d’un « Champagne cocktail » revisité par le Maître d’hôtel Maxime Renaud, à base de vin mousseux, de calvados et sucre trempé au sirop d’hibiscus. Les participants se souviendront sans doute très longtemps des splendides modèles vivants Andréanne Chouinard et John Ford, parés de vigne, de fleurs, et d’un slip en peau de serpent dans le cas de l’homme sculptural.

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Après cette entrée en matière pour le moins émoustillante, les couples participants ont pris place à des tables de deux, où ils avaient été assis en coin plutôt que face à face afin de faciliter les rapprochements… si vous voyez ce que je veux dire. Trônait sur leur table la photo de leur couple qu’ils nous avaient remis lors de l’inscription, un clin d’œil à l’amour vrai et unique que chaque couple se portait. Des couples diversifiés, d’ailleurs, allant de la vingtaine à la soixantaine, dont deux couples de dames très charmantes qui ont eu « les couilles » d’afficher leur amour évident en public et sous le regard de l’appareil photo d’Annie et la caméra de Nücom Productions, dont vous verrez sous peu le matériel vidéo.

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À peine assis, les couples ont reçu une enveloppe cachetée d’un sceau « papillon », créé dans la céramique par ma précieuse amie Véronique Martel. À l’intérieur, ils ont trouvé des notes: une définition de l’amour courtois, une « histoire de couple » préparant le service à venir et un « mariage du sommelier », visant à les aider à profiter pleinement des accords mets et vins soigneusement conçus par Dominique Sanschagrin, mieux connu sous son pseudonyme de blogueur Tastevino. Les accords de mon sommelier ont été encore élevés par les délicates coupes riedel, prêtées gracieusement par Vinum Grappa, un distributeur de leurs produits (et de bien d’autres) sur Maguire, à Québec.

Le premier service assis a été consacré à l’histoire dramatique, mais passionnée d’Abélard et Héloïse, un angle un peu marginal pour traiter de l’amour courtois, mais quand même approprié dans le contexte. Ce couple d’amoureux ayant appartenu à la vraie histoire est le premier dont nous ayons gardé la correspondance amoureuse à ce jour, une correspondance qui a représenté l’essentiel de leur relation, puisqu’ils ont été séparés presque toute leur vie, après la castration d’Abélard qui avait choqué le tuteur d’Héloïse en la mettant enceinte et en l’épousant en secret. Cette relation très « cérébrale », forcément, a forcé ce couple à un rapport de séduction dans le verbe et dans le désir inassouvi que j’ai toujours associé à la notion d’amour courtois.

Afin de rendre cette histoire en assiette, j’ai pris la décision de servir à nos convives une assiette partagée sous la forme d’une représentation phallique. Un tataki de thon albacore, avec deux pétoncles de chaque côté, puis une julienne frite de poireaux et de gingembre frisée sur le dessus, je vous laisse vous imaginer la forme que tout cela prenait. Des notes de ponzu, de yuzu, de miso et de sésame venaient compléter cette expérience de dégustation pour le moins déroutante, la chair du poisson et des pétoncles soumise au feu de la torche empruntant une allure de peau humaine, jusque dans sa tiédeur sensuelle.

Pour le service suivant, une enveloppe a préparé les couples à vivre Cyrano de Bergerac, dans la perspective de Roxane, jeune première très belle, et de Christian, un arriviste séduisant, mais un peu niais. Dans cette histoire, Roxane exige d’être courtisée et séduite avec l’exigence d’une délicate princesse médiévale, et l’incapacité de Christian à rencontrer ses standards crée une opportunité pour l’éloquent mais difforme Cyrano, qui devient le souffleur de son cadet. Nos amoureux en salle ont été invités à jouer un extrait de la pièce de théâtre où Christian se trouve seul devant Roxane pour la première fois après plusieurs jours du stratagème, et où il fige lorsqu’elle lui demande de lui expliquer avec verve à quel point il l’aime. À un certain stade de l’échange, Roxane (joué par Madame) s’insurge contre Christian (incarné par Monsieur) et lui reproche de lui donner du brouet là où elle espérait des crèmes.

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J’ai donc décidé de servir une assiette intitulée « Du brouet et des crèmes » où Monsieur allait donner « la béquée » à Madame en lui offrant exactement ce qu’ELLE désirait avoir dans l’assiette, venant réparer l’incapacité de Christian à satisfaire sa belle. Cuillère partagée en prime. Cette scène a donné lieu à un rapprochement électrique palpable, aux dires de l’équipe de service… Que j’aurais aimé y être!

Défi culinaire important pour moi: j’ai opté pour un ingrédient unique mal aimé comme point focal de cette assiette, le seul légume connu pour ses propriétés aphrodisiaques: le céleri. Le brouet a pris la forme d’un risotto de céleri-rave dont je partagerai avec vous la recette sur mon blog 180 degrés dans les prochaines semaines, et les crèmes, celle d’un lait de céleri au lait de cajou et à l’huile de piment.

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Petit bond dans le temps vers le service suivant, où cette fois, c’était l’histoire de Tristan et Iseult qui a guidé le service. Les hommes ont été invités à bander… leurs yeux!… à l’aide du foulard qu’on leur avait demandé d’apporter. À ma plus grande et plus belle surprise, personne n’avait omis cette consigne et les minutes subséquentes se sont déroulées dans une salle où toute la gent masculine était privée de vue. Les dames ont lu en secret nos directives: elles devaient désormais incarner Iseult, Princesse et Guérisseuse, au chevet du chevalier Tristan, mourant à la suite d’un combat avec un dragon. Nous avons alors servi des shots comestibles au raisin rouge – tout de glace confectionnés – remplis de « jus vert », une potion acidulée et un brin amère qui nous servait en réalité de trou normand. Un autre grand moment de romance exaltée et de coquinerie assumée!

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Se dévorer des yeux...

 

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S’en est suivi le repas principal, un clin d’œil à l’histoire de Lancelot et Guenièvre. L’une des versions de leur histoire, écrite par Chrétien de Troyes, raconte comment l’enlèvement de la Reine du roi Arthur par Maléagant, le fil du Roi d’un Royaume voisin lors du banquet de l’Ascension. Cette scène lance le chevalier dans une quête pour sauver la Dame au péril de son propre honneur chevaleresque, la quintessence de l’amour courtois. J’ai donc décidé de présenter aux participants rien de moins qu’un mini-banquet de l’ascension pour deux…

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Poulet de Cornouailles à la mode médiévale, servi sur une tranche de Paingrüel, sauce à l’orange, cannelle et baie de Genièvre, fritelles au pesto et salade de fenouil croustillante, toutes ces recettes ayant été développés à à partir d’archives de recettes datant du 12e et 13e siècle. Le défi culinaire de la conceptualisation n’a été surpassé que par le défi extraordinaire de l’exécution: cuire 15 volailles entières à la perfection en simultané dans un four, ça frise la démence pure, surtout si on veut un poulet bien doré et croustillant à l’extérieur et juteux à l’intérieur. Je prévois aussi partager la méthode que j’ai développée avec vous au courant des prochaines semaines. Pour couronner le tout, le poulet a été découpé en salle par les cuisiniers, dont humblement vôtre, sous le regard ébahi des amoureux, peu habitués de voir les « cooks » débarquer à leur table avec de grands couteaux!

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Ce service a été ponctué d’une apparition spectaculaire: celle de Guenièvre, Maléagant, Lancelot et Arthur en costumes d’époque, qui ont joué, sous le regard surpris des participants, l’enlèvement de Guenièvre.

Après toutes ces émotions, l’heure tant attendue du dessert est arrivée. À la St-Valentin, c’est pas difficile, ça prend du chocolat ou on manque le bateau. Pendant quelques semaines, j’ai travaillé à recréer un tour de magie culinaire inventé par Chef Peter Guilmore en collaboration avec Erico choco-musée, mais après avoir réussi la chose, mon impression que cela manquait d’impact m’a incitée à retourner à la planche à dessin. L’une des grandes fiertés conceptuelles du repas en est issue: une assiette « calligraphiée » rendant hommage à la notion d’amour courtois, connue à l’époque médiévale sous le nom de Fin’Amor.

Pour parvenir à mes fins, j’ai toujours su que je devrais m’entourer de professionnels. J’ai donc approché la calligraphe et enlumineuse Myriam Chesseboeuf du Parchemin du Roy qui a créé pour moi un « F » enluminé, imprimé sur chocolat par les bons soins d’Erico, et qui est venue, en coulisse, exécuter une performance de calligraphie avec de l’encre au chocolat et au caramel de poire. Comme les lettres, ça ne se mange pas très bien (essayez, vous verrez!), j’ai complété l’assiette avec un assortiment de gourmandises, dont un cake au chocolat et noisettes pralinées, un velouté de chocolat (tofu-agave, c’est génial, je vous en reparle!), une poire pochée à la muscade et à la liqueur de poire et son cœur de gel de poire.

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Moment de poésie ultime: les participants se sont vu remettre un menu calligraphié de la main de Myriam Chesseboeuf, reprenant dans l’en-tête le concept du dessert.

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Cette effervescence culinaire s’est conclue sur un moment de beauté contemplative, lorsqu’un thé « fleurissant » s’est épanoui dans les coupes des couples, embaumant l’air d’un délicat parfum de jasmin.

Fin du spectacle. C’est avec grand plaisir que j’ai accueilli les applaudissements et les commentaires des participants sous le charme, un plaisir qui s’est complètement décuplé à la vue des photos d’Annie Simard. :)))

Au travers de cette expérience hautement éphémère, j’ai fait deux constats qui représentent de l’or en barre pour moi. Techniquement, en cuisine, je suis le Chef du projet, mais cette deuxième bulle exprimait à la perfection ma volonté de m’affirmer en tant qu’artiste culinaire, une discipline que j’ai l’impression de défricher au Québec, au Canada, voire dans le monde. Essayez de trouver un concept équivalent: vous n’y parviendrez pas. À un point tel que la fondation américaine James Beard, dont je suis boursière, m’a mentionné à quel point mon concept était innovant.

Par ailleurs, j’ai aussi vécu une épiphanie par rapport au sens et à la portée de mon concept. J’ai compris que mon plaisir et mon désir, c’est d’aider les participants à mes bulles à devenir des acteurs de leur expérience de repas plutôt que de simples consommateurs de bonne chère. Quelle fierté!

En espérant avoir partagé un peu de la magie de cet événement et du splendide Morrin Centre avec vous, il ne me reste plus qu’une chose à dire. Souvenez-vous! Une fois qu’une bulle est finie, elle ne revient jamais! Si l’expérience vous tente, n’hésitez pas à vous inscrire à la liste d’attente afin de recevoir un préavis de 24 heures lors de la mise en vente des prochains billets en écrivant à foodistaenmission@gmail.com.

Je vous laisse sur une photo tendre avec mon Valentin à moi, mon tendre amour de tous les jours, qui a été mon roc, mon cap, ma péninsule (n’allez pas me faire dire « oblongue capsule ») tout au long de cette saga du resto-bulle #2.

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On dit qu’une image vaut mille mots. Cette là, juste deux, mais très beaux!

Fierté et Amour

Un gros merci également à Charles Savard, Chef Biscornu, qui nous a prêté sa cuisine pendant la mise en place et main forte pendant le service!

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13 Responses to Resto-bulle #2: une bulle d’amour

  1. Annie Bard 02/17/2014 at 7:57 #

    J’aimerais m’inscrire sur la liste d’attente des prochains resto bulles

    • Foodista 02/17/2014 at 10:58 #

      Pour se faire, nous vous invitons à envoyer un courriel à l’adresse foodistaenmission@gmail.com, de cette manière, nous aurons vos coordonnées pour vous recontacter.

      En espérant vous compter parmi nous la prochaine fois!

      Au plaisir,

      Héloïse et l’équipe du resto-bulle

  2. Renée Parent 02/17/2014 at 1:22 #

    Une expérience absolument époustouflante! Nous avons adoré! De beaux souvenirs multisensoriels qui nous habiterons longtemps 🙂
    Merci à toute l’équipe!

    • Foodista 02/17/2014 at 1:37 #

      Merci pour ce très gentil commentaire, Renée, et surtout, de vous être prêtée au jeu avec tant de grâce. Je crois que l’expérience resto-bulle, c’est d’abord et avant tout ce que les participants en font! Au plaisir! -Héloïse

  3. maurice 02/22/2014 at 3:09 #

    Tu es toujours surprenante.

    • Foodista 02/24/2014 at 4:56 #

      J’ai de qui tenir, mon très cher grand-papa d’amour!

  4. An 09/03/2014 at 9:49 #

    Wow ! Simplement incroyable, félicitations 🙂

    • Foodista 09/03/2014 at 7:07 #

      Merci, An! Je suis contente que tu sois venue visiter cette section de mon blogue, comme ça, tu as une meilleure idée de la douce folie qu’est mon resto-bulle! 😉 À la prochaine!

  5. Amélie 09/26/2015 at 2:30 #

    Un magnifique évènement !! Dommage que celà ne soit pas dans ma région

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