Un Festin dans le champ… sous chapiteau

(Cet article a été publié pour la première fois sur le blog 180 degrés le 21 juillet 2013.)

Présenté par les organisateurs comme une sorte de dîner en blanc rural, le premier « festin dans le champ » québécois s’est tenu hier au Vignoble Domaine de l’Ange Gardien sur la Côte de Beaupré. À la différence des fameux repas en blanc, cependant, les convives étaient libres de s’habiller comme bon leur semblait, et plutôt que de contribuer à une sorte de grand pique-nique VIP, ils devaient payer la rondelette somme d’une centaine de dollars pour avoir la chance de prendre part à l’événement.

Pari fou que celui de rassembler 300 convives pour un repas gastronomique cinq services au milieu d’un champ? Pas tant que ça! Depuis 1998, un concept semblable est offert aux États-Unis. « Oustanding in the field » s’est en effet donné la mission de reconnecter les citoyens à la terre qui produit leur nourriture, et les promoteurs sont toujours en affaire aujourd’hui!

Dans les faits, nous avons tous craint le pire, avec les orages violents des derniers jours. Une énième ondée est d’ailleurs venue arroser mon rosé très sec au moment où je franchissais la table d’inscription… Heureusement pour nous tous, cette averse a cédé le pas à une soirée dégagée, un scénario parfait pour la brochette de chefs rassemblés pour l’occasion.

 

 Le menu du Festin dans les Champs était une création des Chefs Franck Jourdan, Bernard Higgins,

Stéphane Roth, Dany Bergeron et la pâtissière Julie Vachon

 

Tandis qu’une navette conduisait les convives du manoir au chapiteau aménagé pour l’occasion, j’ai pris le temps de faire connaissance avec une poignée de participants. En plus de foodies enthousiastes qui rédigeront aussi des billets cette semaine, j’ai constaté que le concept avait interpellé un vaste public. En majorité de Québec, un nombre appréciable de participants provenait de partout en province. Des programmeurs, des entrepreneurs, des douaniers, des pharmaciens et dentistes, des assureurs et des professionnels des services financiers, des jeunes, des moins jeunes et des plus jeunes du tout, la foule bigarrée témoignait du caractère rassembleur du « bien manger. »

 

Les vignes au premier plan encadrent les chapiteaux blanc,

ces petits papillons blancs au dessus de la colline!

Ce sont finalement entre 150 et 200 invités qui ont choisi de s’attabler au Festin dans le champ. Ils ont pris place à l’une des deux rangées de tables alignées sous un grand chapiteau dans la bonne humeur. En plus d’offrir un accord mets et vins tout au long du repas, les organisateurs avaient aussi prévu la mise en exergue des produits du terroir – une valeur centrale du concept « Outstanding in the field » – en invitant chaque chef à interpréter un produit local, comme l’alcool de cassis de Cassis Monna et Filles ou encore, le miel du Musée de l’abeille.

 

 Bouchées nordiques en hommage au terroir

 

 Le soleil brille encore, et moi, je déguste un crostini garni de mousse de foie gras

et de gelée au cidre de glace du Vignoble du Domaine de l’Ange Gardien.

 

Minutieux, le menu a semblé répondre aux attentes élevées des convives, sans les outrepasser cependant. La formule de l’événement obligeant, à la fois à cause de son emplacement exotique et de son envergure, le repas évoquait davantage un grand mariage avec un très bon traiteur, plutôt qu’une expérience gastronomique.

 

 

 Un mariage sans mariés…

 Avec une vue à couper le souffle!

 

 Pintade à l’infusion de myrique beaumier et légumes de la Ferme Langlois et Fils

 

 Le ciel vire au bleu saphir et c’est l’heure de l’assiette de fromage,

savoureuse avec sa salsa aux fruits frais et secs, mon petit plaisir de la soirée!

Jolies et goûteuses, presque toutes les assiettes ont souffert d’une faille… Le tartare peu assaisonné servi dans une pâte sucrée, la mousse de foie gras accompagnée d’un seul crostini – pas un problème pour ceux qui aiment manger leur foie gras à la cuiller me direz-vous -, le gratin dauphinois douteux minant la pintade bien tendre… jusqu’au paillasson trop ferme dans l’assiette de fromage, ces petits détails ne semblent pas avoir incommodé à outrance.

 Pour un prix semblable et dans un contexte de restauration classique, les réactions auraient peut-être différé. Mais assis en haut d’une colline avec le St-Laurent à nos pieds et la lune présidant à notre assemblée, nous avons simplement profité de cette nature généreuse, du service discret et de la présence joviale de ces autres aventuriers de la table qui nous entouraient.

 

Les mignardises au miel de Julie Vachon semblent avoir fait l’unanimité au clair de lune!

Délicates et pas sucrées à outrance, elles ont clos le repas tout en douceur.

 

Après avoir pris part à l’expérience, je me sens mieux à même d’ajouter mon avis au petit débat public qui a précédé ce grand pique-nique de luxe. C’est vrai qu’on peut aller manger en campagne quand on veut, et à moindre coût. La formule « Festin dans le champ » n’était pas sans faille, mais je crois pour ma part qu’il vaut la peine d’appuyer de telles initiatives. Le Québec, et Québec en particulier – ne se trouve pas à l’avant-garde des tendances alimentaires (Rappelons-nous que Outstanding in the field a vu le jour le siècle dernier! Et que dire de l’interdiction des BBQ dans les parcs publics ou de la réglementation municipale qui interdit les camions de nourriture de rue dans la vieille capitale?)

 À mon sens, l’exploitation d’emplacements non conventionnels permet d’approfondir notre appréciation de la nourriture, en particulier, lorsqu’elle suscite un rapprochement avec notre terroir et la valorisation de nos régions et de nos savoir-faire! Le Festin dans les champs aura sans conteste permis de franchir un autre pas dans cette direction!

 

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