Un ilot de gourmandise… à Lac-Beauport

Avez-vous entendu parler de l’ouverture de l’ilot, Repère gourmand en septembre dernier? Ça faisait plusieurs mois que je zieutais ses belles assiettes sur les réseaux sociaux, et que je me disais qu’il fallait absolument que j’aille essayer ça. Un obstacle se dressait cependant sur mon chemin: son emplacement excentré, en bordure du lac Beauport, dans le condotel Entourage Sur-le-lac. Avec mon pas-de-char, y souper entraînait – soupir de désespoir – une location de voiture.

Puis là, je me suis souvenue que je voyageais aux confins de la terre pour de la bonne bouffe, alors je me suis secoué les puces et j’ai fomenté un plan béton: j’ai choisi le resto pour mon souper de fête et j’ai pelleté la location et le rôle de conducteur désigné à mon chum. 😀

Malgré son ouverture récente, l’Ilôt a déjà connu un changement de garde, passant de Chef Fanny Lehouiller (que vous avez connue grâce à l’émission Les Chefs!) à Chef Maxime Hamel. Relatif nouveau venu dans l’industrie, puisqu’il n’y évolue que depuis 4 ans, Maxime a gravi vite-vite les échelons depuis l’obtention de son diplôme de cuisine au Saguenay. Son passage Chez Boulay et au Georges V lui auront appris à s’organiser pour offrir une bonne performance dans le volume.

Engagé à titre de chef de partie, en septembre, il n’aura mis que quelque mois à obtenir sa première nomination comme chef de brigade, un défi de taille! Le restaurant couvre tous les services, du déjeuner au souper, en passant par les fonctions privées. C’est avec un peu de broue dans le toupet et un verre de pinot à la main qu’il raconte avoir composé son premier menu d’été. Bon joueur, il a aussi mobilisé son équipe dans le processus, sa foi dans la belle cuisine reposant clairement sur la qualité de l’ambiance amicale qui y règne.

La question qui tue: que peut-on vraiment attendre d’un resto d’hôtel… en banlieue?

On s’entend, de par sa nature, l’Ilôt n’est pas un Battuto, ou un Les Voisins, buvettes au format compact dont l’offre artisanale repose entre les mains entrelacées de quelques complices.

Une fois qu’on a regardé cette réalité en face, je me surprends à penser que le repère gourmand du Lac-Beauport parvient à tirer son épingle du jeu. Situé dans un espace flambant neuf au sein de l’hôtel Entourage-sur-le-Lac, l’Ilôt s’offre un écrin opulent et lumineux. Plafonds vertigineux, design chic, mobilier contemporain, matériaux choisis avec soin, la salle dégage un petit quelque chose de plastique qui s’efface vite derrière la vue splendide sur le lac et les fleurs naturelles qui ornent les tables.

Le grand escalier qui donne accès à la salle en contrebas mène tout droit vers la vaste cuisine ouverte, où la brigade évolue dans des conditions de travail dignes de leur talent. Qu’on assiste à la fabrication de la pâte du jour sur un grand comptoir en acier inox ou qu’on observe le dressage soigné des assiettes, cette configuration crée tout de suite une connexion client-cuisine digne des restos hauts-de-gamme.

À la fois versatile et condensé, le premier menu de Maxime a pensé à tous les mangeurs et à tous les appétits, des hommes de Cro-Magnon en passant par les végétariens. Particulièrement excitante, la formule « Les Yeux Fermés » permet de découvrir plusieurs plats en entrée selon l’inspiration de la cuisine.

Exploitant certaines des plus belles protéines (canard, agneau, pétoncles de gros calibre), Maxime m’a glissé un mot sur ses défis d’approvisionnement. En raison de son volume (il sert jusqu’à 300 clients par soir), il fait affaire avec de grands distributeurs fiables, ce qui le coupe quelque peu des petits producteurs dont il est – tout comme nous – friand. Qu’à cela ne tienne, il scelle peu à peu des alliances, comme celle, toute récente, avec Canard du Village, duquel il achète du canard de Barbarie non gavé, nourri aux graines de lin.

La cuisine de Chef Maxime

Mon amoureux et moi avons boulotté avec joie et appétit de nombreux plats au menu et absolument exquis. Je ne le dis pas souvent, car je le réserve pour les occasions qui s’y prêtent: j’ai été charmée par la proposition culinaire de Maxime, dont vous n’avez pas fini d’entendre parler!

Très tôt dans un repas, la délicatesse du palais d’un chef se révèle par son traitement d’une huître classique mignonette. Maxime a fait connaître ses couleurs d’entrée de jeu: équilibre parfait.

Sa cuisine, que je qualifierais d’intuitive, marie avec un naturel désarmant des produits d’ici et d’ailleurs dans une véritable fête de textures, de saveurs équilibrées, de belles acidités et de fraîcheur estivale indéniable.

Et que dire des couleurs! Elles vous explosent les pupilles au premier regard!

Deux plats en particulier, le canard fumé servi avec une déclinaison de betteraves et un chou vinaigré, ainsi que la salade végétarienne aux légumes grillés servie sur une riche et délicate purée de pois verts au coco, resteront gravés dans mes bons souvenirs gustatifs de l’année. Nourrissants, équilibrés, satisfaisants et, oui, santé, ils sont de ceux qui définissent l’air du temps.

Entre l’acidité du chou, le sucré terreux de la betterave et le fumé du canard, cette assiette au flair contemporain a de quoi faire perdre la carte!

 

Portion généreuse, amalgame de textures, chaque légume cuit et aromatisé à la perfection, cette salade végé est difficile à battre.

Côté dessert, les dents sucrées sont comblées par les talents du Chef pâtissier Remy Gaudet, nouvellement recruté dans la brigade. Un technicien chevronné avec un flair artistique au niveau de la présentation, il vous dresse une planche dessert à partager comme pas deux! (En plus, vous pouvez aller découvrir certaines de ses recettes sur Foodlavie!)

Un ti-peu de pain sur la planche

À travailler peut-être, seulement quelques points mineurs… Quelques descripteurs de plats présents au menu se sont faits trop discrets à l’assiette (comme l’argousier et la mayonnaise fumée du carpaccio, peut-être trop généreux en noisettes dont le goût torréfié volait la vedette).

Texture angélique et saveur très délicate (un tantinet trop?) pour ce plat d’acras de crevette et salade de fenouil.

Gourmand à souhait, le risotto aux fruits de mer, couronné de pétoncles géant, gagnerait à se passer de la moule verte de Nouvelle-Zélande – quoique spectaculaire au premier regard – au profit d’une moule locale cuite avec plus de délicatesse enfin d’en préserver le côté moelleux.

Enfin, au vu du talent du chef pour les saveurs, je retirerais aussi de toute urgence le duo salière-poivrière disposé sur toutes les tables, pour ne les rendre accessibles qu’à ceux qui en font la demande.

Un repas au restaurant n’est jamais complet sans la portion service. À l’Ilôt, il se fait peut-être un peu détaché, symptôme d’un lieu de passage? Une plus grande connexion humaine et une attention portée à une description plus amoureuse des plats et des vins suffiraient à élever l’expérience au rang des établissements à fréquenter absolument à Québec.

En conclusion

Le menu actuel roulera jusqu’à l’arrivée des jours plus frais d’automne, où Maxime nous promet un osso bucco de venaison qui vaudra à lui seul le détour. J’y crois. J’y serai. Même avec-pas-de-char! Et j’espère que vous aussi, car on assiste en ce moment à une véritable émergence. Puis avec la vue de la terrasse, on peut difficilement espérer cadre plus enchanteur.

Ce billet n’est pas issu d’un échange de service avec le restaurateur, mais de mon initiative personnelle. Cependant, au vu de mon enthousiasme, le chef a expédié gracieusement quelques assiettes additionnelles vers ma table, ce qui fut bien apprécié!

 

 

 

 

 

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